Maurienne : définition et caractéristiques principales

Par Xavier

L’article en bref

La vallée de la Maurienne, nichée en Savoie, s’étire sur 120 à 125 kilomètres entre les Alpes et la frontière italienne.

  • Territoire structuré : 44 377 habitants répartis dans 53 communes et 5 Communautés de communes
  • Étymologie alpine : le nom dérive du latin Malus Rivus (mauvais ruisseau), référence aux crues violentes de l’Arc
  • Patrimoine millénaire : occupation humaine depuis -2 900, reliques de saint Jean le Baptiste à Saint-Jean-de-Maurienne depuis le VIe siècle
  • Destination cycliste mondiale : le plus grand domaine cyclable du monde avec le Galibier, l’Iseran et la Madeleine
  • Offre hivernale massive : 22 stations de ski, 166 000 lits touristiques, Parc National de la Vanoise depuis 1963

Nichée au cœur des Alpes françaises, la vallée de la Maurienne s’étire sur 120 à 125 kilomètres dans le département de la Savoie, région Auvergne-Rhône-Alpes. C’est un territoire que je connais bien pour y avoir séjourné à plusieurs reprises dans le cadre de mes visites d’hébergements de montagne. Et à chaque fois, cette vallée me surprend par sa richesse.

Elle débute au col de l’Iseran et descend jusqu’à la confluence de l’Arc avec l’Isère, entre Albertville et Chambéry. 44 377 habitants y vivent au 1er janvier 2020 (selon les données officielles), répartis dans 53 communes organisées en 5 Communautés de communes. Autant dire un territoire vivant, structuré, bien loin d’une simple vallée de passage.

Qu’est-ce que la Maurienne : géographie, organisation et origines du nom

Une vallée alpine structurée de l’ouest vers l’est

La Maurienne se divise en trois grandes zones horizontales. L’entrée ouest, sous influence des bassins de Chambéry, Grenoble et Albertville. La moyenne-Maurienne, entre Modane et Epierre, qui forme le cœur de la vallée. Et la haute-Maurienne, de Saint-André à Bonneval-sur-Arc, incluse dans l’aire du Parc National de la Vanoise. Cette progression vers l’est conduit directement vers la frontière italienne, que la vallée longe sur environ 45 kilomètres dans la région du Mont-Cenis.

Verticalement, la vallée s’organise aussi selon l’altitude. Le fond concentre les pôles urbains, les services et une industrie fondée sur l’énergie hydroélectrique. Les versants accueillent des zones résidentielles et touristiques. En altitude, les alpages et les stations de ski prennent le relais.

L’origine du nom : ni les Maures, ni les Sarrasins

Beaucoup supposent à tort que Maurienne vient de « Maure », en référence aux incursions sarrasines du Xe siècle. C’est une idée reçue. Le nom dérive en réalité du latin Malus Rivus, soit « mauvais ruisseau », qui a évolué vers mau riou puis mau rien. La rivière de l’Arc, connue pour ses crues violentes, a donné son caractère au territoire tout entier. Ce détail d’étymologie m’a toujours plu : il dit quelque chose de vrai sur la force brute de cette nature alpine.

Au milieu du Xe siècle, un groupe de Sarrasins venus du Fraxinet, dans les environs de l’actuelle Saint-Tropez, s’établit dans la vallée de l’Arc, mandaté par le roi Hugues pour bloquer les ambitions du roi d’Italie Bérenger. Puis vers 1003, Humbert Blanches-mains, affilié à la puissante famille comtale d’Arles, obtient le titre de comte en Maurienne en 1043. Sa descendance fonde en 1143 la Maison de Savoie, une des dynasties les plus influentes d’Europe.

Saint-Jean-de-Maurienne, capitale historique d’une vallée millénaire

Saint-Jean-de-Maurienne reste la plus grande commune de la vallée et en conserve le statut de capitale provinciale, avec le siège de l’évêché. Dès le VIe siècle, sainte Thècle y apporte des reliques de Jean le Baptiste — trois doigts de la main — un fait qui marque durablement l’identité religieuse du lieu. Le roi Gontran de Bourgogne fait ériger une cathédrale dédiée à Jean le Baptiste en 565 ou 574. La capitale provinciale est ensuite transférée à Chambéry en 1232, mais Saint-Jean-de-Maurienne conserve une importance symbolique et architecturale indéniable.

Communauté de communes Communes principales Accès notable
Porte de Maurienne Aiton, Val d’Arc Confluence avec le sillon alpin
Canton de la Chambre La Chambre, Saint Avre, Cuines Col de la Madeleine (Tarentaise)
Cœur de Maurienne Arvan Saint Jean de Maurienne Col de la Croix de Fer (Isère)
Maurienne Galibier Saint Michel de Maurienne Col du Galibier (Hautes-Alpes)
Haute Maurienne Vanoise Modane, Val Censis Col du Mont Cenis (Italie), Iseran

Histoire, patrimoine et richesses culturelles de la vallée

Des traces humaines vieilles de près de 5 000 ans

À Sollières, des archéologues ont mis au jour en 1972, sur le site des Balmes — une grotte à 1 300 m d’altitude — une nécropole attestant une occupation humaine continue de -2 900 jusqu’à la fin de l’âge du fer. Des mégalithes comme la Pierre aux Pieds (à plus de 3 000 m) et la Pierre de Chantelouve, sur la commune de Lanslevillard, témoignent d’une présence ancienne. Des peintures rupestres sont visibles à Bessans et à l’Arcelle, près du Mont-Cenis.

Avant la domination romaine, la vallée est peuplée des Médulles dans sa partie basse et des Graiocèles en haute-Maurienne, dont le chef-lieu Ocellum pourrait correspondre à l’actuelle Aussois. En -16, toute la vallée intègre la province des Alpes Cottiennes, avec pour capitale Suse, sous l’autorité du roi Cottius, devenu préfet de province.

Monuments et lieux de mémoire à ne pas manquer

La Barrière de l’Esseillon regroupe cinq forts construits entre 1818 et 1830 par le royaume de Piémont-Sardaigne, selon les principes de l’ingénieur militaire Marc-René de Montalembert. Ces ouvrages — forts Charles-Albert, Marie-Christine, Charles-Félix, Victor-Emmanuel et Marie-Thérèse — protégeaient le Piémont d’une invasion française. Aujourd’hui, ils offrent une vue saisissante entre Aussois et Avrieux. Je recommande vivement une halte ici à tous ceux qui cherchent un hôtel pour un séjour nature en Savoie à proximité de sites historiques authentiques.

À Avrieux, la Cascade Saint-Benoît plonge de 90 mètres de hauteur. Une randonnée de 45 minutes permet de rejoindre la chapelle Saint-Benoît, dans un cadre ombragé avec aires de pique-nique. Plus haut, le Lac du Mont-Cenis se découvre à 1 974 mètres d’altitude, sur le plateau frontalier franco-italien. Le tour du lac représente environ 5 heures de marche.

Bonneval-sur-Arc et l’identité des villages de Haute-Maurienne

Classé parmi les Plus Beaux Villages de France et désigné 6e village préféré des Français, Bonneval-sur-Arc incarne l’authenticité savoyarde. Ses maisons de pierres et de lauzes, ses façades préservées et le hameau de l’Écot — situé à 4 km du village, au pied du col de l’Iseran — ont servi de décor aux films Belle et Sébastien. La Haute-Maurienne compte seulement 5 000 habitants permanents, mais jusqu’à 15 000 personnes en hiver. La densité saisonnière dit tout sur la vitalité touristique de ce territoire.

Un territoire d’aventure : ski, vélo et nature préservée

Le paradis des cyclistes et des amateurs de grands cols

La Maurienne abrite le plus grand domaine cyclable du monde. Le Galibier, le Télégraphe, la Madeleine, l’Iseran : ces cols mythiques attirent des passionnés de tous horizons. Les lacets de Montvernier, avec leurs 18 virages serrés sur 4 km, représentent un défi emblématique. Chaque été, je retrouve sur ces routes des cyclistes venus de toute l’Europe, cherchant l’ivresse de l’altitude et des panoramas à couper le souffle.

  1. Col du Galibier — vers le Briançonnais et l’Oisans
  2. Col de l’Iseran — vers la Tarentaise
  3. Col du Mont-Cenis — vers le Val de Suse en Italie
  4. Col de la Croix-de-Fer et Glandon — vers l’Oisans
  5. Col de la Madeleine — vers la Tarentaise

Ski et montagne : une offre hivernale massive

La vallée compte 22 stations de ski et 5 grands domaines reliés, pour une capacité totale de 166 000 lits touristiques selon le SMBT 2017. Les Karellis proposent à eux seuls 60 km de pistes. Bessans dispose d’un stade international de biathlon unique en France. Pour les familles ou les personnes à mobilité réduite souhaitant profiter de la montagne, il existe des ressources pratiques comme ce guide sur les hôtels accessibles PMR en montagne.

Le Parc National de la Vanoise, gardien des cimes

Créé le 6 juillet 1963, le Parc National de la Vanoise est le tout premier parc national français. Il couvre une bonne partie de la Haute-Maurienne et touche le Parc National italien du Vaste Paradis. La Grande Casse, point culminant du massif à 3 855 mètres, domine ce sanctuaire naturel peuplé de bouquetins, chamois, aigles royaux et gypaètes barbus — réintroduits récemment. Le loup semble présent depuis environ cinq ans. Le climat de la vallée varie entre -6° et 14° en moyenne annuelle, avec les mois de juin à septembre comme meilleure fenêtre pour examiner ce territoire d’exception.

Sources :

Laisser un commentaire