Beaufortain : définition et caractéristiques principales

Par Xavier

L’article en bref

Le Beaufortain est un massif alpin savoyards au patrimoine naturel, historique et gastronomique remarquable.

  • Un territoire montagnard d’exception : 27 427 hectares aux sommets enneigés, dominés par le Roignais (2 995 m), avec 500 km de sentiers balisés
  • Un héritage industriel impressionnant : les lacs de barrage construits dès 1949 alimentent un réseau hydroélectrique puissant depuis un siècle
  • Une histoire millénaire : des Ceutrons romains aux ducs de Savoie, intégré à la France en 1860
  • Le Beaufort AOP, prince des gruyères : 398 producteurs, 4 900 tonnes annuelles, terroir d’exception avec viandes, charcuteries et génépi
  • Un paradis pour randonneurs et skieurs : tour du Beaufortain (140 km), Pierra Menta mythique, domaines skiables accessibles en 30 minutes d’Albertville

J’ai eu la chance de séjourner plusieurs fois dans les Alpes savoyardes, et à chaque fois, le même massif m’a frappé par sa cohérence, sa beauté un peu sévère et son identité forte. Le Beaufortain n’est pas qu’une région de carte postale. C’est un territoire qui a une âme, une histoire, des saveurs et des sommets qui méritent qu’on s’y attarde sérieusement.

Qu’est-ce que le Beaufortain : territoire, géographie et identité

Le Beaufortain, ou pays de Beaufort, est une région naturelle située principalement en Savoie, avec une compacte frange en Haute-Savoie, au cœur des Alpes françaises. Son nom vient du toponyme Beaufort, formé de « beau » et « fort », soit un endroit fortifié. Ce détail étymologique colle parfaitement à la personnalité du lieu : un territoire robuste, bien délimité, qui a su préserver ses caractéristiques face aux transformations du monde moderne.

La région s’étend sur environ 27 427 hectares, correspondant au bassin versant du Doron de Beaufort et de ses affluents, le Poncellamont en rive gauche et le Dorinet en rive droite. Le massif, lui, représente près de 30 000 hectares. Son point culminant est le Roignais, à 2 995 mètres d’altitude. Le Vaste Mont atteint 2 682 mètres, tandis que la célèbre Pierra Menta s’élève à 2 714 mètres au-dessus du lac de Roselend. L’altitude moyenne des massifs intra-alpins tourne autour de 1 700 mètres, ce qui en fait l’un des massifs les plus enneigés des Alpes.

Quatre communes composent le territoire : Beaufort, Hauteluce, Queige et Villard-sur-Doron. Le massif est limité à l’ouest par la colline de Cornillon et le Grand Mont, au nord par les cols de Véry, des Saisies et de la Forclaz, à l’est par le Cormet de Roselend et l’aiguille du Vaste Fond, au sud par les cols de la Louze et du Cormet d’Arêches. La vallée de la Tarentaise borde le massif au sud, l’Arly au nord-ouest, le Bon-Nant au nord-est. 500 kilomètres de sentiers balisés sillonnent l’ensemble du massif.

Les lacs de barrage, un héritage industriel saisissant

Ce qui surprend souvent les visiteurs — moi le premier lors de mon premier passage —, c’est la présence massive de lacs de barrage. Le barrage de Roselend, construit en 1962 avec 940 000 mètres cubes de béton, est le plus emblématique. Sa construction a englouti un ancien village d’alpage. Sa forme concave repose sur 18 voûtes permettant une double résistance à la poussée de l’eau. Le Signal de Bisanne, à 1 941 mètres, offre depuis ses hauteurs une vue imprenable sur le massif du Mont-Blanc.

Barrage Année de construction Capacité
Roselend 1962 N/A (référence architecturale)
La Girotte 1949 50 millions de m³
Saint-Guérin 1961 13 millions de m³
La Gittaz 1967 13 millions de m³

Ces ouvrages alimentent une chaîne de centrales hydroélectriques décrite par le géographe Raoul Blanchard comme « l’un des réseaux les plus complets et les plus puissants ». Dès 1899, la centrale de Venthon entrait en service. EDF a pris en charge l’ensemble du bassin versant à partir de 1946, assurant la production à l’échelle nationale.

Une histoire millénaire, des Ceutrons aux ducs de Savoie

Les premiers occupants connus du Beaufortain sont les Ceutrons, un peuple qui contrôlait les grands cols alpins entre la Gaule et la péninsule italienne. Vers 20 avant Jésus-Christ, les Romains les soumirent. La vallée resta en marge des grands axes impériaux. Du 10e au 11e siècle, elle appartint au royaume de Bourgogne, avant que les barons de Faucigny n’en prennent le contrôle. En 1355, le traité de Paris intégra le Beaufortain aux territoires des comtes puis ducs de Savoie. La ville de Beaufort elle-même ne prit ce nom qu’en 1225, succédant à celui de Luce, ancienne villa romaine.

Après la Restauration savoyarde de 1815 et la création de la Haute-Savoie en 1816, le massif fut rattaché au duché de Savoie. L’annexion par la France du Second Empire en 1860 fit du Beaufortain une partie intégrante du département de la Savoie, région Auvergne-Rhône-Alpes.

Le Beaufort AOP et les produits du terroir : l’identité savoureuse du massif

Difficile de parler du Beaufortain sans évoquer son fromage phare. Le Beaufort AOP est un fromage cuit à pâte dure, obtenu le label AOC dès 1968 et le label AOP en 2009. Jean Anthelme Brillat-Savarin l’a qualifié de « Prince des gruyères ». Cette réputation n’est pas usurpée : la filière repose en 2015 sur 398 producteurs laitiers sur 650 agriculteurs, avec environ 13 000 vaches des races Tarine et Abondance. La production annuelle atteint 4 900 tonnes, soit 30 500 meules par an, pour un chiffre d’affaires estimé à 14,7 millions d’euros pour la coopérative laitière.

On distingue trois variétés : le Beaufort classique, le Beaufort d’été et le Beaufort Chalet d’alpage. L’Union des producteurs de Beaufort a défendu l’AOP bec et ongles face aux menaces que représentaient notamment la construction des barrages et l’attractivité des emplois industriels proposés par EDF.

Le terroir du massif ne se résume pas au fromage. On y trouve aussi de la viande de races Tarine et Abondance, des charcuteries comme les diots ou les pormoniers, du miel de montagne, la brioche traditionnelle appelée rioutes, les crozets (petites pâtes locales) et la liqueur de génépi cueillie en altitude.

Randonnées, sports d’hiver et tourisme : que faire dans le massif du Beaufortain

Le tourisme s’est développé dès le début du 20e siècle : en 1912, Beaufort comptait déjà sept hôtels. Le ski fut pratiqué dès 1914 sur les pentes du massif, et les premières compétitions officielles se tinrent à Arêches, Beaufort et Hauteluce dès 1924. Aujourd’hui, la capacité d’accueil totale des quatre communes dépasse 33 200 lits (2016), dont environ 8 200 lits touristiques marchands. Si vous cherchez à profiter du massif sans vider votre compte en banque, savoir qu’il existe des tarifs basse saison en hôtel Savoie peut vraiment changer votre budget.

La station des Saisies a accueilli les épreuves de biathlon et de ski de fond lors des Jeux olympiques d’hiver de 1992 à Albertville. Elle reste reliée au grand domaine skiable Espace Diamant. Arêches et Hauteluce complètent l’offre hivernale du massif.

Les randonnées indispensables

Côté randonnée, les options sont nombreuses et variées :

  • Tour du Beaufortain : 140 kilomètres en boucle, 7 jours, 900 mètres de dénivelé positif par jour, idéal de juin à septembre
  • Lac de Roselend : 6 heures de marche, 505 mètres de dénivelé, lac situé à 1 557 mètres d’altitude
  • Col du Joly — 2h45, 308 mètres de dénivelé, altitude 1 989 mètres
  • Trail du Beaufortain — 105 kilomètres, 6 500 mètres de dénivelé positif

La Pierra Menta, qui se déroule chaque mars à Arêches, est la course de ski-alpinisme la plus connue de France. Les concurrents avalent 10 000 mètres de dénivelé positif en deux jours autour de cette dent rocheuse culminant à 2 714 mètres. J.P. Loustalot et Léon Zwingsltein en avaient réalisé la première ascension par la face ouest dès 1922. Le massif est abordable depuis Albertville en seulement 30 minutes, depuis Annecy ou Chambéry en 1h30.

Sources :

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