Col du Petit Saint Bernard : définition et localisation

Par Xavier

L’article en bref

Le col du Petit Saint-Bernard à 2188 m offre un carrefour franco-italien riche en histoire et en patrimoine.

  • Passage frontalier majeur reliant la Savoie au Val d’Aoste, marquant la ligne de partage des eaux entre deux cultures alpines.
  • Site archéologique remarquable avec un cromlech de l’âge du fer et la Colonne de Joux, vestige romain honorant Jupiter.
  • Hospice fondé au XIe siècle par Saint Bernard de Menthon, reconstruit en 2014 après destruction en 1940, servant plus de dix mille repas annuels.
  • Jardin alpin Chanousia avec 4000 espèces végétales, accessible pour 2€, créé par l’abbé botaniste Pierre Chanoux en 1860.
  • Domaine skiable Espace San Bernardo : 3000 hectares, 150 km de pistes et accès estival pour cyclistes et randonneurs via itinéraires romains.

Perché à 2188 mètres d’altitude, le col du Petit Saint-Bernard constitue l’un des passages les plus intéressants des Alpes françaises. J’ai eu la chance de le repérer lors d’un séjour en Haute-Tarentaise, et il m’a immédiatement frappé par sa richesse : géographie spectaculaire, histoire millénaire, accueil chaleureux dans ses structures d’hébergement. Ce col mérite bien qu’on s’y attarde sérieusement.

Le col du Petit Saint-Bernard : définition, altitude et localisation précise

Le col du Petit Saint-Bernard est un col frontalier qui relie la France à l’Italie, plus précisément la Vallée de la Tarentaise en Savoie (commune de Séez) au Val d’Aoste italien, dans le vallon de La Thuile. Il appartient au Massif des Alpes grées et s’inscrit dans une encoche naturelle entre deux sommets imposants : la Lancebranlette (2936 m) au nord-ouest et le mont Valaisan (2891 m) au sud-est.

Sa position géographique n’est pas anodine. Le col marque la ligne de partage des eaux entre le ruisseau du Reclus côté savoyard et la Doire du Verney côté valdôtain. Cette frontière naturelle a généré des siècles de négociations, de conflits territoriaux et de passions humaines. Je trouve cette dualité franco-italienne particulièrement attachante : on a véritablement le sentiment de se trouver au carrefour de deux cultures.

La question de la territorialité n’a rien de simple. En 1715, une épidémie pousse les bergers de La Thuile à ériger une barrière sanitaire, annexant de fait une partie du plateau savoyard. Un jugement en 1725 ne règle que partiellement le litige. C’est seulement le traité de Paris de 1947 qui fixe définitivement la frontière à la ligne de partage des eaux, l’Italie cédant 3,22 km² à cette occasion.

Un site archéologique remarquable au sommet

Au sommet même du col, un cromlech, vaste cercle de pierres formant une ellipse de 72 mètres de large axe, attire l’attention. Sa datation reste incertaine mais pourrait remonter à l’âge du fer. En 2013, le tracé de la route nationale 90 a d’ailleurs été modifié pour contourner ce vestige archéologique, preuve de son importance patrimoniale.

Les Salasses, tribu celtique du Val d’Aoste, utilisaient déjà ce passage pour commercer avec les Ceutrons de Tarentaise. Certains historiens avancent même que le général Hannibal aurait emprunté ce col en 218 av. J.-C. lors de son fameux franchissement des Alpes. Jules César, lui, y fait construire en 45 avant notre ère la voie romaine Alpis Graia, reliant Milan à Vienne, une route restée en service jusqu’en 1858.

La Colonne de Joux : vestige romain debout

Parmi les vestiges romains encore visibles, la Colonne de Joux se distingue. Taillée dans un bloc monolithique de serpentinite, elle aurait été érigée en l’honneur de Jupiter ou incarne une ancienne borne milliaire. Son nom vient du latin Jovis, génitif de Jupiter. À chaque visite du col, je me retrouve à observer cette colonne avec une curiosité renouvelée : elle concentre à elle seule plusieurs millénaires d’histoire humaine.

L’histoire de l’hospice et ses héritages vivants

Saint Bernard de Menthon (1020-1081), futur patron des alpinistes, fonde au milieu du XIe siècle un hospice destiné à protéger les pèlerins des brigands et des rigueurs climatiques. L’archevêque Pierre II de Tarentaise (1102-1174) le reconstruit sur le versant français après des dommages. En 1752, une bulle du pape Benoît XIV confie officiellement l’établissement à l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, qui y servira plus de dix mille repas par an.

L’abbé Pierre Chanoux dirige l’hospice de 1860 à 1909. Botaniste passionné, il crée en face de l’édifice le jardin alpin Chanousia, qui comptera jusqu’à 4000 espèces de plantes alpines. Géré ensuite par les professeurs Vaccari et De Marchi, le jardin sera entièrement dévasté lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est Ephyse Noussan, sous l’égide de la Société de la flore valdôtaine, qui lui redonne vie en 1978. Aujourd’hui cogéré par le département de la Savoie, il accueille les visiteurs pour 2€ par personne.

La guerre laisse des traces profondes sur ce col. Le 10 juin 1940, lorsque l’Italie déclare la guerre à la France, quarante soldats du BAF se retranchent dans le fort de la Redoute Ruinée à 2400 m d’altitude. Le lieutenant Tom Morel contraint les troupes italiennes à reculer les 20 et 22 juin, avec seulement neuf soldats français tués. Le col sera finalement libéré le 29 avril 1945, mètre après mètre, par les 13e et 7e bataillons de chasseurs alpins. L’hospice, éventré par les tirs de mortiers, reste à l’abandon jusqu’en 1993 avant de rouvrir ses portes en 2014.

Tarifs et conditions de visite actuels

Pour ceux qui souhaitent examiner le site, voici les tarifs pratiqués :

  • Visite du jardin Chanousia : 2€ par personne
  • Visite guidée : 30€
  • Itinéraire de découverte du col : 60€

Les paiements s’effectuent par carte bancaire, chèque, espèces ou virement. L’hospice réhabilité suggère aujourd’hui un hébergement simple et un espace de restauration. Pour les passionnés de randonnée, l’itinéraire S4 permet de suivre les traces romaines à pied ou en VTT durant la saison estivale.

Accès au col et pratiques touristiques

Depuis Bourg-Saint-Maurice, l’ascension directe couvre 29,9 km pour 1379 m de dénivelé positif, à 4,5% de pente moyenne. Les passages ne dépassent quasiment jamais 5 à 6%. Après Séez, la route traverse les villages de Villard Dessous et Villard Dessus sur 1,3 km à 5,5%, puis se stabilise sur 17 km jusqu’à la station de La Rosière (1827 m), atteinte après 21,5 km d’effort.

Il reste ensuite 8,4 km pour 360 mètres de dénivelé supplémentaire jusqu’au sommet, avec 250 mètres de lacets finaux à 6% contournant l’ancien hospice. Des variantes existent pour varier les plaisirs, notamment via Montvalezan (26,4 km) ou Sainte-Foy-Tarentaise (jusqu’à 33,9 km). Le versant italien débute à Morgex, dans le Val d’Aoste, pour 27,6 km et 1282 m de dénivelé.

Un secteur hivernal extraordinaire à cheval sur deux pays

En hiver, le col prend une autre dimension. La station de La Rosière, officiellement créée en 1960, s’est liée dès 1984 à La Thuile côté italien pour former l’Espace San Bernardo : 3000 hectares, 150 km de pistes et 38 remontées mécaniques. Ce domaine bénéficie d’un enneigement remarquable grâce aux échanges permanents de masses d’air entre les vallées de la Tarentaise et d’Aoste. Le col a d’ailleurs accueilli la coupe du Monde de snowkite freestyle en 2006, puis les championnats de France de snowkite open distance en 2008, 2009 et 2010. Ce secteur mérite une attention particulière si vous souhaitez combiner sport et découverte culturelle transalpine, spécialement en consultant notre guide sur le Parc national de la Vanoise : guide complet pour enrichir votre séjour en Savoie.

Le col accueillait encore 133 000 véhicules en 1977, avant que l’ouverture du tunnel du Mont-Blanc (1965) et du tunnel du Fréjus (1980) ne réduisent significativement ce trafic. Cette tranquillité retrouvée profite aujourd’hui aux randonneurs et cyclistes qui apprécient une route préservée, chargée d’histoire et de panoramas spectaculaires.


Sources : wiki savoie | wiki des hôtels et batiments

à propos de l'auteur
Xavier

Laisser un commentaire