Vallée d’Aulps : histoire, géographie et patrimoine

Par Xavier

L’article en bref

La vallée d’Aulps, nichée entre le Lac Léman et le Chablais, combine patrimoine médiéval et vie alpine authentique.

  • Géographie singulière : Vallée encadrée par des sommets à plus de 2 400 m, autrefois difficile d’accès, regroupant onze communes de Haute-Savoie.
  • Héritage cistercien exceptionnel : L’abbaye d’Aulps, fondée vers 1090, accueille désormais un centre d’interprétation unique en France dédié à la vie monastique médiévale.
  • Économie touristique structurée : Cinq stations de ski intégrées aux Portes du Soleil, 56 390 lits disponibles, activités quatre saisons.
  • Authenticité préservée : Villages à taille humaine, agriculture de montagne persistante, chapelles et oratoires ponctuant le paysage.

Nichée entre le Lac Léman et le massif du Chablais, la vallée d’Aulps cache bien son jeu. J’ai eu la chance de la découvrir lors d’un séjour professionnel dans la région, et je dois dire que ce territoire m’a immédiatement saisi par sa cohérence : un paysage de montagne authentique, un héritage médiéval exceptionnel et une vie locale qui tourne encore autour des alpages. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce coin de Haute-Savoie, que vous envisagiez d’y séjourner ou simplement d’en apprendre davantage.

Qu’est-ce que la vallée d’Aulps : géographie et localisation

La vallée d’Aulps, aussi appelée Val d’Aulps ou vallée de Morzine, est une petite région naturelle des Préalpes du Chablais. Elle correspond au bassin versant de la Dranse de Morzine et s’étend sur environ 25 km, de Morzine jusqu’à La Vernaz. Ce n’est pas une vallée banale : ses reliefs sont marqués, ses accès historiquement difficiles.

Les sommets qui l’encadrent donnent le ton. Le roc d’Enfer culmine à 2 244 m, les Hauts-Forts atteignent 2 466 m, la pointe de Nantaux s’élève à 2 170 m et la pointe de Nant-Golon à 2 090 m. Au nord, la vallée bute contre l’étroit de Bioge, là où convergent les dranses d’Abondance, de Morzine et de Bellevaux en un trident hydraulique remarquable. Au sud, le col de Joux Plane ferme le territoire.

Administrativement, la vallée regroupe onze communes du département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis 2014, elles relèvent toutes du canton d’Évian-les-Bains. Le tableau ci-dessous donne une vue d’ensemble des populations :

Commune Population
Morzine 2 948 hab.
Saint-Jean-d’Aulps 1 022 hab.
Montriond 769 hab.
Essert-Romand 353 hab.
Le Biot 340 hab.
Seytroux 285 hab.
La Baume 228 hab.
La Vernaz 217 hab.
La Forclaz 195 hab.
La Côte-d’Arbroz 176 hab.
Les Gets N.C.

La vallée est accessible depuis Genève et Thonon-les-Bains au nord-ouest, depuis Taninges par Les Gets au sud-ouest, et depuis Samoëns par le col de Joux-Plane au sud-est. Ce désenclavement est récent : la voie carrossable depuis le nord n’a été construite qu’à la fin du XIXe siècle.

Des villages à taille humaine

Morzine reste le cœur vivant de la vallée, avec près de 3 000 habitants. Autour, les villages conservent une échelle modeste. Saint-Jean-d’Aulps, avec un peu plus de 1 000 résidents, abrite notamment les vestiges de l’abbaye. Cette concentration humaine dans un cadre alpin crée une ambiance particulière, loin de l’agitation des grandes stations. Quand on cherche un hébergement dans ces villages, on trouve souvent des établissements à taille humaine, ce que j’apprécie personnellement beaucoup.

Un territoire entre deux mondes

La position géographique de la vallée est stratégique. Elle s’intercale entre le Lac Léman et les massifs intérieurs des Alpes, ce qui lui confère un microclimat particulier. Les massifs est et ouest restent difficilement franchissables, uniquement par sentiers. Cette relative isolation a longtemps façonné l’identité locale.

Histoire et patrimoine de la vallée d’Aulps

L’histoire de ce territoire est indissociable de l’abbaye qui lui a donné son nom. Fondée vers 1090 sur des terrains appartenant au comte Humbert II, tenus en fiefs par les familles de Rovéréa et d’Allinges, l’abbaye d’Aulps connaît un destin remarquable. En 1136, ses moines rejoignent l’Ordre cistercien, faisant du monastère l’un des plus significatifs de la Savoie médiévale.

Je me souviens de ma première visite du site : les ruines de l’abbatiale, perchées à 800 mètres d’altitude sur un domaine de 3 hectares, dégagent une sérénité presque inattendue. Les bâtiments ont été détruits en immense partie en 1823. Le champ a ensuite fonctionné comme exploitation agricole jusqu’en 1998, avant d’être réhabilité.

Aujourd’hui, l’ancienne ferme monastique accueille un centre d’interprétation unique en France, consacré à la vie quotidienne des moines d’une abbaye de montagne au Moyen-Âge. Les jardins comprennent un herbularius (jardin botanique) et un hortus (potager), fidèles à la tradition cistercienne.

Entre maison de Savoie et maison de Faucigny

Durant la période médiévale, les paroisses de la vallée relevaient de deux seigneuries distinctes. Le Biot dépendait de la maison de Savoie, tandis que Saint-Jean relevait de la maison de Faucigny. Cette dualité administrative a laissé des traces dans le tissu local, perceptibles encore dans certaines traditions villageoises.

Églises, chapelles et oratoires

Le patrimoine bâti ne se limite pas à l’abbaye. Tout au long des routes et sentiers, des chapelles et oratoires ponctuent le paysage. Ils témoignent d’une foi profonde et d’un savoir-faire architectural populaire transmis de génération en génération.

La vallée d’Aulps en toutes saisons : activités et économie

Le tourisme a fait son apparition au début du XXe siècle, d’abord sous forme de villégiature estivale. Le ski s’est développé à partir des années 1940. Cinq stations sont aujourd’hui actives : Saint-Jean-d’Aulps, Montriond, Morzine, Avoriaz et Les Gets. La station de Drouzin-Le Mont (Le Biot), au col du Corbier, a définitivement fermé en 2012.

La capacité d’accueil totale de la vallée atteignait 56 390 lits en 2016 (marchands et non marchands), dont environ 18 470 lits strictement touristiques. Ces chiffres illustrent un territoire qui a su structurer une offre conséquente sans perdre son identité.

L’été, les activités sont nombreuses :

  • Randonnée pédestre sur sentiers balisés, accessibles à tous niveaux
  • VTT et vélo sur des itinéraires variés, familiaux ou sportifs
  • Activités nautiques sur le Lac Léman (paddle, kayak, voile)
  • Visites de fermes, marchés de producteurs et dégustations de fromages savoyards

L’économie locale repose également sur l’agriculture de montagne : élevage, fromages, fourrage et miel. Les sites naturels méritent le détour : les Gorges du pont du Diable, le lac de Montriond et le lac du Jotty (visible depuis la pointe de Tréchauffé) offrent des panoramas saisissants. L’hiver, le immense domaine skiable des Portes du Soleil relie Saint-Jean-d’Aulps, Montriond, Morzine-Avoriaz et Les Gets dans un espace cohérent, apprécié autant des skieurs confirmés que des familles. Pour qui cherche un séjour à la montagne sans l’effervescence des mégastations, cette vallée reste, selon moi, une piste sérieusement sous-estimée.

Sources : wiki savoie | wiki des hôtels et batiments

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