L’article en bref
Le col de la Madeleine est un passage alpin majeur situé à 1 993 mètres en Savoie, riche d’histoire et de caractéristiques géologiques remarquables.
- Géographie unique : Formé entre deux massifs imposants (Lauzière et Cheval Noir), le col offre un panorama spectaculaire sur les aiguilles d’Arves et le Mont-Blanc.
- Héritage médiéval : Nommé d’après une chapelle franciscaine construite en 1345, le col conserve des traces du passé religieux savoyard.
- Tradition fromagère : L’alpéage depuis 1235 a permis la production du Beaufort, prince des gruyères, reconnu en AOC depuis 1967.
- Défi cycliste légendaire : Classé hors catégorie au Tour de France depuis 1995, le col attire des grimpeurs du monde entier avec ses deux versants distincts.
- Infrastructure récente : La route départementale D213 (48 km) n’a été achevée qu’en 1968, reliant enfin les vallées de Tarentaise et Maurienne.
Perché à 1 993 mètres d’altitude en plein cœur de la Savoie, le col de la Madeleine est bien plus qu’un basique passage de montagne. Je me souviens de la première fois où j’ai roulé jusqu’à son sommet : le panorama sur les aiguilles d’Arves, le Beaufortain et le Mont-Blanc m’a coupé le souffle. Depuis, ce col ne me quitte plus. Il relie les vallées de la Tarentaise et de la Maurienne via la route départementale D213, longue de 48 kilomètres au total, dont 26 côté Tarentaise et 22 côté Maurienne. Un itinéraire alpin unique, chargé d’histoire et de dénivelé.
Qu’est-ce que le col de la Madeleine : géographie et formation du paysage
Le col de la Madeleine s’ouvre entre deux massifs imposants : la Lauzière à l’ouest (2 829 mètres) et le Cheval Noir à l’est (2 832 mètres), avec une ouverture de 5,5 kilomètres entre ces deux géants. Ce profil symétrique n’est pas le fruit du hasard. La formation géologique du col résulte du dernier grand épisode de l’orogenèse alpine, précisément la surrection des massifs cristallins externes. La Lauzière, composée de gneiss et de granite, doit son aspect acéré au travail d’érosion des grands glaciers quaternaires. Son nom vient indirectement des lauzes, ces ardoises exploitées en carrière sur la commune de Celliers.
Le Cheval Noir, lui, se situe à l’extrémité occidentale d’un ensemble de couches sédimentaires bousculées lors de la formation du massif de la Vanoise à l’ère tertiaire. L’érosion a sculpté le flysch en falaise, couronnant les couches plus tendres sous-jacentes où se dessinent les pentes modérées du versant oriental. C’est la tectonique de gravité qui a donné au col sa physionomie actuelle.
Côté Tarentaise, on accède au col par la vallée de l’Eau Rousse, affluent de l’Isère. Côté Maurienne, on remonte la vallée du Bugeon, affluent de l’Arc. Ces deux cours d’eau ont creusé leur lit sur une ligne droite de 24 kilomètres, depuis un niveau de base d’environ 400 mètres à leur confluence. Le panorama depuis le sommet est remarquable : vers le sud-ouest se profile le col du Glandon (1 924 mètres), vers le nord-est le col de la Louze (2 119 mètres), comme un écho symétrique. Par temps clair, la table d’orientation placée sur le versant nord permet même d’apercevoir le Cervin et le Immense Combin.
Un nom venu du Moyen Âge
Le col doit son nom à une chapelle dédiée à sainte Marie-Madeleine, construite en 1345 par les Franciscains, appelés aussi Cordeliers, qui avaient fondé un prieuré à La Chambre, en fond de vallée. Au XVIe siècle, on l’appelait encore col Colombe, du nom d’un hameau permanent situé à 1 550 mètres d’altitude. La chapelle n’a jamais été relevée de ses ruines depuis la fin du XVIIIe siècle, mais son nom a survécu et s’est imposé définitivement.
L’alpéage et le Beaufort, une tradition séculaire
Dès 1235, les cisterciens de l’abbaye de Tamié ont accepté l’alpéage des deux versants du col. Cette activité pastorale intense a façonné les pelouses alpines que l’on voit aujourd’hui. La production fromagère s’est spécialisée dans le Beaufort, surnommé le prince des gruyères, dont l’appellation d’origine contrôlée (AOC) a été établie en 1967. Le cahier des charges impose les seules races Abondance et Tarentaise, ainsi que l’interdiction de tout complément extérieur. La coopérative de Moûtiers fabrique le beaufort d’été, sauf pour l’alpagiste de La Bâthie qui conserve une autonomie totale.
Le refuge et ses habitants remarquables
Un refuge a été construit au col, avec la première pierre posée en 1928 et une inauguration en grandes pompes le 24 août 1930. Rebaptisé La Banquise en l’an 2000, c’est le central lieu d’hébergement et de restauration au sommet. Adolphe Grieder, un protestant suisse originaire de Bâle arrivé en Savoie en 1943, a largement contribué à sa renommée. Sa dépouille repose dans une niche creusée à flanc de montagne, non loin du col. Un petit groupe de mazots a été construit à proximité à partir de 1964 par Hélène, veuve de Grieder, et Claude Bréro.
Le col de la Madeleine à vélo : deux versants, deux caractères
Je ne compte plus les cyclistes que j’ai vus arriver à l’hôtel, épuisés mais rayonnants après l’ascension. Ce col est une référence absolue pour les grimpeurs. Classé hors catégorie au Tour de France depuis 1995, il a été franchi pour la première fois par la Grande Boucle le 8 juillet 1969, soit deux jours après l’inauguration de la route, lors d’une étape de 220 kilomètres entre Chamonix et Briançon. En 2025, Pauline Ferrand-Prévot l’a franchi en tête au Tour de France Femmes, s’emparant du maillot jaune lors de l’étape 8 entre Chambéry et le col.
Voici les données techniques comparées des deux versants :
| Versant | Distance | Dénivelé | Pente moyenne | Pente max |
|---|---|---|---|---|
| Sud (La Chambre) | 19,2 à 19,7 km | 1 519 à 1 522 m | 7,5 à 8 % | 9,5 à 11,5 % |
| Nord (Feissons-sur-Isère) | 25,3 à 25,9 km | 1 585 à 1 617 m | 6,3 à 6,5 % | 9 à 10 % |
Le versant sud depuis La Chambre est plus régulier. Les pourcentages restent entre 8 et 9 % sur presque toute la montée, avec un passage à 11 % au septième kilomètre. Le versant nord depuis Feissons-sur-Isère est plus irrégulier et plus pittoresque, avec ses petits villages comme Villard-Benoît à 1 000 mètres. Le temps de montée depuis Feissons varie de 1 h 45 à 3 h 40 selon l’allure. Une variante par Montgellafrey existe côté sud, avec des pentes allant de 9,5 à 11,5 %, légèrement plus exigeantes.
Les stations de ski du Grand Secteur
Le col de la Madeleine est aussi la clé de voûte d’un grand domaine skiable. Saint-François-Longchamp, côté mauriennais, a ouvert la voie, l’accès depuis Celliers étant plus facile dès le départ. Valmorel, créée en 1976 côté Tarentaise, l’a rejointe. En 1990, les deux stations ont uni leurs remontées mécaniques sous le nom de Grand Domaine, offrant 165 kilomètres de pistes (90 côté Valmorel, 70 côté Saint-François-Longchamp). C’est le 5e plus grand domaine skiable de la Tarentaise.
Une route qui n’a pas toujours existé
La liaison routière complète entre Maurienne et Tarentaise n’a été réalisée qu’en 1968, soit 32 ans après le col de l’Iseran. Joseph Fontanet, conseiller général du canton de Moûtiers depuis 1956 puis président du Conseil général de la Savoie en 1964, a porté ce projet. Il a inscrit la route aux prévisions de dépenses dès 1962 et fédéré les collectivités. Le financement final se répartissait ainsi :
- Département : 60 % des coûts
- Fonds routier : 20 %
- Communes : 20 %
L’inauguration officielle a eu lieu le 6 juillet 1969, en présence de Raymond Mondon, ministre des transports. Une belle page de l’histoire savoyarde.
Sources :

Xavier