Vallée du Champsaur : découvrez cette région alpine

Par Xavier

L’article en bref

Le Champsaur, haute vallée du Drac aux Hautes-Alpes, est bien plus qu’un simple territoire alpin de montagne.

  • Un bocage rare en Europe : petites parcelles séparées par des haies vives protégeant du vent et abritant de nombreuses espèces d’oiseaux.
  • Climat alpin particulier : plus de 1 200 millimètres d’eau par an avec très peu de jours chauds, mais étés doux et ensoleillés.
  • Histoire millénaire : du nom « champ saur » (champ jaune) en 1027 aux tribu des Tricorii, occupation romaine et passage de Napoléon en 1815.
  • Infrastructure touristique impressionnante : 250 km de sentiers balisés en haut-Champsaur et stations de ski familiales assumées.
  • Authenticité gastronomique : tourtons, ravioles, tommes de montagne et première zone laitière régionale.

Le 6 mars 1815, Napoléon fait halte au pied de Saint-Bonnet lors de son retour de l’île d’Elbe. La population l’acclame chaleureusement. Cette anecdote dit beaucoup sur le Champsaur : une vallée qui n’a rien d’un territoire secondaire, mais qui possède une âme, une histoire dense et un caractère bien trempé. Je travaille dans l’univers de l’hébergement de montagne depuis des années, et chaque fois que je reviens dans ce coin des Hautes-Alpes, je suis frappé par la richesse de ce que l’on y découvre. La vallée du Champsaur, c’est bien plus qu’un simple décor alpin.

Ce qu’est vraiment la haute vallée du Drac

Le Champsaur désigne la haute vallée du Drac, entre ses sources et son entrée dans le lac du Sautet. Il forme l’un des neuf « pays » du département des Hautes-Alpes. Ce qui le distingue immédiatement des autres territoires alpins voisins, c’est son appartenance au bassin de l’Isère, contrairement à la quasi-totalité des Hautes-Alpes, rattachée au bassin de la Durance.

Géographiquement, la vallée s’appuie sur deux massifs aux natures bien distinctes. À l’ouest, le massif du Dévoluy, fait de calcaire, appartient aux Préalpes. Au nord et à l’est, le massif des Écrins, cristallin, offre des sommets imposants comme l’Olan ou le Vieux Chaillol. Entre ces deux ensembles, un vaste seuil sépare le Champsaur de la cuvette de Gap au sud, ponctué par plusieurs cols : le Piolit culmine à 2 464 mètres, le pic de Gleize à 2 161 mètres, et les cols de Moissière (1 573 m), de Manse (1 269 m) et Bayard (1 250 m) assurent les communications vers Gap.

Une vallée sculptée par les glaces

La formation de la vallée remonte à la dernière grande glaciation. Le glacier d’Orcières, dévié par le massif du Dévoluy, s’est logé dans le sillon de contact entre les Préalpes calcaires et le massif cristallin, creusant un lit évasé en forme de « U ». Après la fonte du glacier, le Drac a recreusé ce fond et formé un profil en « V » plus marqué. La plaine d’Ancelle, aujourd’hui comblée, était autrefois un lac suspendu.

Le paysage qui en résulte est saisissant. L’une des particularités les plus citées par les géographes : le Champsaur est décrit comme l’un des rares bocages conservés en Europe, avec de petites parcelles séparées par des haies vives qui protègent du vent, retiennent l’humidité et abritent de variées espèces d’oiseaux. Les canaux d’irrigation, fréquemment bordés d’arbustes, complètent ce découpage minutieux de l’espace.

Un climat alpin à part

Le Champsaur bénéficie d’un régime climatique particulier. Très ouvert vers le nord, il profite peu de la douceur méditerranéenne sensible à Gap. Les bises du nord apportent froid et nuages remontant depuis la cuvette de Grenoble. La pluviosité dépasse 1 200 millimètres d’eau par an. En 1985, on a enregistré 119 jours de pluie, 47 jours de neige, 160 jours de gel… et seulement 10 jours où le thermomètre a dépassé 25 °C. L’été, en revanche, reste doux et ensoleillé.

Une histoire millénaire gravée dans la pierre et les noms

La première mention du nom Champsaur remonte à 1027, dans une bulle du pape Jean XIX : regio quæ vocatur Camsaurus. On retrouve ensuite « Campo Sauro » en 1116, « ducatus Campi Auri » en 1340, puis « Champsaour » en 1504 et « Champsor » en 1552. Ces formes anciennes évoquent un champ saur, c’est-à-dire un champ jaune. Une image parlante pour quiconque a vu les prairies du bas-Champsaur en fin d’été.

L’occupation humaine semble avoir été tardive. Les plus anciens vestiges préhistoriques reconnus datent de l’âge du bronze, vers 1000 av. J.-C. : 355 pièces dont une parure découverte à l’Aubérie (Bénévent-et-Charbillac). Les premiers habitants identifiés sont les Tricorii, une tribu celtique peuplant l’ensemble du bassin du Drac, voisinant avec les Caturiges de la région d’Embrun.

Du Dauphiné à la France, en passant par Napoléon

Entre 125 et 121 av. J.-C., les Romains occupent la région. Un buste de Jupiter Ammon et quelques vestiges de villae attestent d’une présence locale, même si aucune voie romaine construite ex nihilo n’a traversé le Champsaur. En 673, les moines de l’abbaye Saint-Victor de Marseille édifient un prieuré dédié à Bonnet, évêque de Clermont : le bourg qui l’entoure deviendra Saint-Bonnet, capitale du Champsaur.

En 1349, Humbert II, dernier des dauphins de Viennois, cède le Dauphiné à Philippe de Valois pour 200 000 florins, intégrant ainsi le Champsaur au royaume de France. François de Bonne, natif de Saint-Bonnet, marquera durablement la région lors des guerres de religion. Devenu duc de Lesdiguières et pair de France en 1611, il revient au catholicisme, pacifie la région et la dote de ponts et d’hôpitaux.

Une population qui a beaucoup voyagé

Le Champsaur a connu une démographie contrastée. En 1881, la vallée comptait plus de 15 000 habitants. En 2005, ce chiffre était tombé à environ 5 000. La seconde moitié du XVIIIe siècle avait déjà vu partir plus de 5 000 Champsaurins vers d’autres horizons. Paul Robert, futur auteur du célèbre dictionnaire qui porte son nom, est issu d’une famille émigrée en Algérie à cette époque.

Activités, hébergement et vie locale : une vallée qui mérite le détour

Je me souviens d’un séjour à Saint-Bonnet où le marché hebdomadaire animait toute la ville dès le matin. Avec ses 1 500 habitants permanents, Saint-Bonnet reste la principale ville du Champsaur. Des maisons du XVIe siècle bien conservées lui donnent un cachet rare. C’est un point de départ optimal pour rayonner dans toute la vallée, que ce soit en voiture ou à pied.

Pour les randonneurs, le réseau balisé est impressionnant :

  • 250 kilomètres de sentiers balisés en haut-Champsaur
  • 300 kilomètres en Champsaur
  • 440 kilomètres en Valgaudemar
  • 70 kilomètres de circuits commentés
  • 230 kilomètres de pistes VTT-FFC balisées

Une Commission locale de la randonnée, créée début 2009, assure l’entretien de ces itinéraires. Pour ceux qui souhaitent chercher d’autres territoires alpins protégés, le Parc national de la Vanoise : guide total offre une perspective complémentaire sur les espaces naturels des Alpes françaises.

Le ski et les sports d’hiver, une offre familiale assumée

Le tourisme hivernal existe, mais garde une dimension modeste et familiale. Les stations comme Ancelle, Saint-Michel-de-Chaillol et Saint-Léger-les-Mélèzes se situent autour de 1 500 mètres d’altitude. Le ski nordique, les raquettes, le traîneau à chiens et même la plongée sous glace à Orcières complètent une offre variée. Pour comparer avec des destinations de ski plus développées en Savoie, vous pouvez consulter notre guide sur où skier en Savoie : les meilleures stations.

En 2004, le championnat de France de cyclisme sur route s’est tenu en Champsaur. Thomas Voeckler l’a remporté chez les hommes, Jeannie Longo chez les femmes. Le Tour de France, lui, a fait étape quatre fois à Orcières-Merlette. La tyrolienne d’Orcières, longue de 1 870 mètres, figure parmi les plus longues d’Europe.

Manger local, dormir bien : l’art de s’installer en Champsaur

La table champsaurine mérite l’attention. Tourtons, caillettes, oreilles d’ânes, crouzets, ravioles : autant de spécialités que l’on trouve encore dans les marchés d’été. La production laitière atteignait 18 millions de litres par an en 2005, faisant du Champsaur la première zone laitière de la région PACA. Des tommes de montagne aux fromages persillés du col Bayard, la diversité fromagère est réelle.

Pour l’hébergement, les gîtes et chambres d’hôtes se multiplient jusque dans les plus petits villages. Pour ceux qui souhaitent allier confort et altitude, notre sélection de refuges de montagne confortables en Savoie peut aussi inspirer votre organisation de séjour dans ce type de territoire alpin.

La vallée du Champsaur ne cherche pas à rivaliser avec les grandes stations des Alpes. Elle présente autre chose : une authenticité préservée, des paysages bocagers uniques, une histoire dense et une vie locale encore bien vivante. Pour rejoindre Saint-Bonnet depuis Gap, comptez seulement 15 kilomètres par la RN 85 via le col Bayard. Une distance dérisoire pour un dépaysement total.

Sources : wiki savoie, wiki des hôtels et batiments

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