Col de l’Iseran : définition et caractéristiques

Par Xavier

L’article en bref

Le col de l’Iseran en Savoie est le plus haut col routier des Alpes françaises.

  • Altitude record : perché à 2 764 mètres, il domine tous les autres cols alpins routiers
  • Histoire alpine : sentier muletier devenu route nationale, inauguré en 1937 par le président Lebrun
  • Défi cycliste : le versant nord mesure 47,6 kilomètres, le plus long col de France
  • Nature protégée : situé dans le parc national de la Vanoise, entouré de sommets majestueux dépassant 3 600 mètres
  • Compétitions sportives : passage mythique du Tour de France et du trail international Ice Trail Tarentaise

Il existe en Savoie un col qui écrase tous les autres par sa seule altitude. Perché à 2 764 mètres (le panneau d’arrivée indique 2 770 mètres), le col de l’Iseran est le plus haut col routier des Alpes françaises. Je l’ai découvert pour la première fois depuis la fenêtre d’un hôtel de Val-d’Isère, et la vue m’a immédiatement cloué sur place. Ce gigantesque passage entre deux vallées n’est pas qu’un sommet à cocher sur une carte : c’est une fenêtre ouverte sur l’histoire alpine, sur la nature protégée et sur des aventures sportives inoubliables.

Le col de l’Iseran : un géant alpin entre Tarentaise et Maurienne

Localisation et altitude, ce qu’il faut savoir

Le col de l’Iseran relie la vallée de la Maurienne (parcourue par l’Arc) à celle de la Tarentaise (parcourue par l’Isère). Il se situe en Savoie, dans le périmètre du parc national de la Vanoise, entre le massif éponyme et les Alpes grées. La pointe des Leissières, à 3 041 mètres, domine le col depuis le nord-est.

Pour situer précisément ce géant dans la hiérarchie alpine : la cime de la Bonette culmine à 2 802 mètres, mais sa route ne franchit pas un col. La route du glacier de l’Ötztal, en Autriche, atteint 2 829 mètres. L’Iseran reste donc le roi incontesté des cols routiers alpins.

Tout autour du col, les sommets forment un panorama saisissant. La Tsanteleina domine au nord à 3 602 mètres, l’Albaron atteint 3 638 mètres au sud, et la pointe de Charbonnel frôle les 3 752 mètres. On comprend pourquoi l’Ice Trail Tarentaise, qui se déroule chaque juillet à Val-d’Isère depuis 2011, passe par ici et grimpe jusqu’à l’aiguille de Pers à 3 386 mètres.

Un nom aux racines celtiques

Le nom du col intrigue. Il naît vraisemblablement de la même racine que l’Isère, qui prend sa source à environ six kilomètres du sommet. Selon le linguiste Jacques Lacroix, ce fleuve tire son nom d’un composé celtique, Isarā, désignant une « eau du bas » d’un territoire. Le col est attesté dès 1572 sous la forme « Mont Isere », puis en 1652 sous celle de « Mont Iseran ».

Un sentier muletier devenu route nationale

Au XVIIe siècle, ce passage n’était qu’un sentier muletier. Les fromages du Beaufortain y transitaient vers les marchés du Piémont, via le col du Mont-Cenis. C’est en 1912 que la décision de construire une vraie route est prise, pour l’intégrer à la route des Grandes Alpes. Les travaux démarrent en 1929 avec 600 ouvriers sur un tracé de 29 kilomètres. Le président Albert Lebrun inaugure officiellement la route le 10 juillet 1937. La même année, la Poste française émet un timbre commémoratif. En 1939, une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Toute-Prudence est édifiée selon les plans de l’architecte savoyard Maurice Novarina. Elle arbore une statue en marbre de la Vierge et un clocher de dix mètres. Elle est aujourd’hui labellisée « Patrimoine du XXe siècle ».

Ascension du col : deux versants aux profils très différents

Le versant nord, le plus long de France

Depuis Bourg-Saint-Maurice, à 809 mètres d’altitude, le versant nord mesure 47,6 kilomètres. C’est le plus long col de France sous cet angle. Le dénivelé atteint entre 2 034 et 2 124 mètres selon la variante choisie, avec une pente moyenne de 4 à 5 % et des pointes à 8 %.

La montée reste accessible dans ses neuf premiers kilomètres jusqu’à Viclaire. Ensuite, entre Sainte-Foy-Tarentaise et la sortie de la Thuile, les pentes oscillent entre 6 et 8 %. Le lac du Chevril apparaît à 1 790 mètres après 23,5 kilomètres d’effort. Depuis le rond-point de Val-d’Isère à 1 826 mètres, il reste 16,1 kilomètres à 5,8 % en moyenne. Le passage le plus délicat se situe juste après la gare du Signal à 2 308 mètres : un court palier à 10 % surprend plus d’un grimpeur. Le belvédère de la Tête de l’Arollay à 2 533 mètres offre une vue spectaculaire sur le mont Pourri à 3 779 mètres. Le dernier kilomètre affiche 8 % de pente moyenne.

Voici les temps de montée depuis Val-d’Isère selon la vitesse :

Vitesse Temps estimé
7 km/h 2 h 15
11 km/h 1 h 25
15 km/h un peu plus de 1 heure
19 km/h un peu plus de 50 minutes

Le versant sud, plus court mais plus exigeant

Depuis Lanslebourg-Mont-Cenis, à 1 398 mètres, le versant sud totalise 32,3 kilomètres. Bonneval-sur-Arc, classé parmi les plus beaux villages de France, constitue le vrai départ sportif à 1 785 mètres, car le plateau de Bessans reste presque plat sur 10 kilomètres. Il reste alors 13,4 kilomètres, avec un dénivelé de 983 mètres et une pente moyenne de 7,3 %. Les quatre premiers kilomètres affichent entre 7 et 9 %. Passé le lieu-dit Pied Montet à 2 275 mètres, une ligne droite à plus de 9 % exige un bon gabarit de grimpeur. Les deux derniers kilomètres avant le sommet affichent respectivement 10 % puis 8 %.

Un col vivant, entre sport, nature protégée et séjour mémorable

Ouverture, fermeture et gestion de la neige

La route ouvre normalement le premier vendredi de juin et ferme le premier lundi de novembre. Les travaux de déneigement commencent dès mai, des deux côtés simultanément. Sur certains secteurs, les hauteurs de neige atteignent 8 à 10 mètres. En hiver, le site devient une composante du domaine skiable de Val-d’Isère, avec accès aux remontées du glacier du Grand Pisaillas à plus de 3 000 mètres.

Le Tour de France et les grandes compétitions

Dès 1938, soit un an après l’inauguration, le Tour de France franchit l’Iseran. Il y reviendra au total à 8 reprises, dont 6 depuis 1947. Le col est classé hors catégorie depuis 1992, année où Claudio Chiappucci y initia une chevauchée solitaire mémorable jusqu’à Sestrières. En 1959, Louison Bobet abandonnait son dernier Tour après avoir franchi ce sommet. En 2019, une coulée de boue et un orage de grêle entre Val-d’Isère et le lac du Chevril ont contraint les organisateurs à neutraliser l’étape. J’avoue que ces histoires dramatiques me intéressent autant que les paysages eux-mêmes.

Randonnée, trail et hébergement au sommet

Le col constitue le point culminant de la Grande traversée des Alpes. L’Ice Trail Tarentaise y passe chaque juillet. Les participants quittent le col des Fours à 2 976 mètres, se ravitaillent au restaurant La Cascade avant de grimper vers l’aiguille de Pers, puis franchissent le tunnel des Lessières à 3 000 mètres. Pour les cyclistes moins aguerris, plusieurs locations de VAE existent à Val-d’Isère, avec des hébergements labellisés Accueil Cyclo. C’est d’ailleurs un conseil que je donne systématiquement aux voyageurs moins sportifs qui souhaitent quand même vivre l’expérience de ce col extraordinaire.

Sources : wiki savoie | wiki des hôtels et batiments

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